L’exigence laïque

Les révélations s’ajoutent aux révélations, les scandales aux scandales. La liste s’allonge des pays où des prêtres catholiques ont sévi (et sévissent encore…) à l’encontre de jeunes enfants.

De même, chaque jour un peu plus, ce Jorge Mario Bergoglio que les catholiques appellent le « Pape François » se fait remarquer par des prises de positions réactionnaires à propos de la contraception, de l’avortement, de l’homosexualité.

Ainsi, pour ne prendre que cet exemple, le 16 juin, deux jours après le vote du parlement argentin favorable à l’IVG et à deux mois de vote du sénat, il déclare à des organisations familiales : « Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs ».

De cette façon, il met sur le même plan une politique d’État imposée à tous par la force (par seulement dans l’Allemagne nazie) et le libre choix des personnes d’avoir ou non un enfant en recourant à la contraception ou, jamais de gaîté de cœur, à l’IVG. Ainsi, il montre qu’il compte peser sur le vote du sénat argentin.

Aujourd’hui, suite au vote défavorable, une vague d’apostasie partie de ce pays déferle sur des pays de plus en plus nombreux. Apostasies justifiées par de nombreux arguments (scandale des prêtres pédophiles, déclarations pontificales sur la contraception, l’IVG, l’homosexualité, rejet d’une religion imposée par les parents dans la petite enfance, etc.)…

Cependant, pour en revenir au « scandale des prêtres pédophiles », au-delà des récriminations adressées à la sainte Église apostolique et romaine, à ses filiales et agences, à ses diverses « sensibilités », une question se pose, ou devrait se poser : les membres du clergé et les institutions auxquelles ils appartiennent sont‑ils au‑dessus des lois ? Ou bien, peut-on accepter que les institutions religieuses considèrent comme relevant d’une simple question disciplinaire interne ce qui relève dans la société du droit pénal ?

Doit-on « demander » à l’Église de présenter des excuses publiques, la main sur le cœur. Ou bien, doit-on appliquer au prêtre ce qu’on applique à l’instituteur ou à l’animateur de centre de vacances, etc., pour des mêmes actes répréhensibles ?

Le documentaire intitulé « Un silence de cathédrale », diffusé par France 3, le 21 mars 2018, suivi d’un débat (Prêtres pédophiles : et maintenant que fait l’Église ?)1 laisse une « impression » étrange. L’issue de ce débat ne suggère-t-elle pas qu’en fin de compte la solution réside en un transfert des dossiers au Vatican, à charge pour lui de les instruire ? En effet, tout est dans l’intitulé du débat qui avait comme arrière-plan « l’affaire Preynat », une affaire qui agite l’archidiocèse de Lyon et met en cause son chef, « primat des Gaules », le cardinal Barbarin.

En mars 2018 ce dernier avait déclaré : « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits, mais certains peut-être pas. »2. À l’issue de la conférence des évêques, il dissertait sur le droit canonique : « Rome » doit-elle lever la prescription ? Ou pas ? Or, justement, l’Église catholique fait tout pour que le débat se résume à cette question. Elle cherche à faire en sorte que lui soit reconnu partout le privilège de traiter des délits et crimes sexuels des clercs au sein de tribunaux ecclésiastiques.

C’est bien pourquoi, en visite au Chili, Bergoglio a déclaré le 16 janvier à Santiago : « Je ne peux m’empêcher de manifester la douleur et la honte que je ressens face au mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l’Église (…) Je voudrais m’unir à mes frères dans l’épiscopat, car s’il est juste de demander pardon et de soutenir avec force les victimes, il nous faut en même temps nous engager pour que cela ne se reproduise pas. ».

La presse unanime a salué ce pape qui « brise le tabou » des prêtres pédophiles ! Relisons bien : demander pardon, soutenir les victimes, s’engager pour que cela ne se reproduise pas. Il n’est pas question ici de sanctions, ni de poursuites judiciaires. Quand bien même cela serait-il ainsi, qu’est-ce qui donnerait à l’Église catholique le droit de juger et de sanctionner ce qui pour d’autres relève du droit pénal et des tribunaux ?

Pour les pays où les institutions religieuses – l’Église catholique en substance – ne sont pas séparées de l’État rien ne semble s’opposer à ce qu’elles fassent ce qui leur convient sur la base du droit canonique. C’est-à-dire qu’elles disposent d’un privilège, ce qui est en soit contraire aux libertés démocratiques et à l’exigence de justice.

Dans les pays où les institutions religieuses sont séparées de l’État, le droit canonique de l’Église catholique n’a de valeur que sur le plan disciplinaire, interne, mais les religieux sont passibles comme tous citoyens des sanctions prévues dans le code pénal. Ceux qui protègent les éventuels coupables, font disparaître les preuves ou font pression sur les victimes et témoins également. D’où la comparution de Barbarin et, entre autres, de Ladaria Ferrer, « préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi » au Vatican, en correctionnelle. Initialement prévue en avril 2018 elle a été reportée, pour l’instant, en janvier 2019.

Soit dit en passant, d’un point de vue « disciplinaire », la rupture du célibat entraîne l’exclusion immédiate des clercs, alors que les actes pédophiles auraient plutôt pour conséquence la mutation d’office… Les seconds exerceraient-ils donc un chantage à l’encontre des premiers ?

Reste un aspect décisif : la ligne de défense de la hiérarchie catholique est toujours celle-ci : il faut que le Vatican prenne des mesures, y compris de sanction. Pourquoi le Vatican ? Parce que le Vatican est UN ÉTAT SOUVERAIN et que « le pape », en même temps qu’il est la chef des catholiques, est LE CHEF D’ÉTAT du Vatican et qu’à ce titre le Vatican, comme les USA d’ailleurs, considère que sa législation a une portée extra-territoriale qui lui permet – lui impose ? – de se substituer aux organes judiciaires des autres pays.

À quel titre la Vatican est-il un État souverain ? Parce que les accords du Latran signés par Ambrogio Ratti, dit Pie XI et B. Mussolini le 11 février 1929 lui redonne ce statut perdu au moment de l’unification italienne. Même si l’Église catholique n’est plus religion d’État depuis 1984 (accords de Villa Madama), elle conserve des liens très particuliers avec l’État italien, d’autant que les accords du Latran sont toujours en vigueur pour ce qui est de la souveraineté du Vatican sur une portion du territoire italien, comme avant 1870.

Aujourd’hui, l’exigence à l’échelle du monde, c’est la laïcité de l’État, c’est-à-dire la stricte séparation des institutions religieuses et de l’État. Certes, c’est une revendication démocratique-bourgeoise, mais peut-on s’en remettre à la bourgeoisie pour réaliser aujourd’hui ce qu’elle cherche à remettre en cause là où elle l’a réalisé ? Non. C’est un des combats que doit porter la classe ouvrière, que doivent porter tous les travailleurs : il en va de leur liberté !

C’est pourquoi, l’abrogation pure et simple des accords du Latran est aujourd’hui un nécessité, une exigence laïque !


1.Voir : https://www.telereplay.fr/du/21032018.html – L’émission semble avoir disparu du visionage

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