Bilan des dernières mobilisations de la jeunesse

Interview de Keno, dirigeant syndical de Solidaires Paris 3

Manifestation du 19 mars 2019 à Paris

Paris, le 2 juillet 2019

1/ Quel bilan faites-vous des dernières mobilisations dans la jeunesse, et plus particulièrement celle concernant la hausse des frais d’inscriptions à Paris 3 ?

Keno : Au niveau national, la mobilisation contre la hausse des frais d’inscription n’a pu aboutir, car depuis novembre il n’y a pas eu une seule journée de grève nationale avec comme revendication centrale : retrait de la réforme Bienvenue en France.

Au niveau local, cette perspective que nous formulons comme « grève générale de l’éducation », ou encore « grève générale des universités » s’est heurtée directement à l’impasse des blocages.

En effet, le blocages ont monopolisé les débats et divisé le mouvement. À Paris 3, en décembre, les tentatives de blocages ont simplement mené à la fermeture administrative de l’université par le président de l’université. [Voir Internationaliste numéro 184].

Nous avons appris par la suite que ces soi-disant blocages étaient négociés directement avec le président et l’administration de l’université par la vice-présidente étudiante au nom des bloqueurs.

Pour cette raison, nous sommes intervenus pour empêcher qu’ ait lieu un nouveau blocage minoritaire et anti-démocratique, notamment au lendemain de la publication des décrets de Bienvenue en France, à la mi-avril.

Il y a eu une nouvelle tentative de blocage le 15 avril. En pleine période d’examen, la fermeture de l’université allait condamner les étudiants étrangers, précaires et salariés à passer leurs examens en devoirs à distance.

J’ai pris la parole en AG pour dénoncer les tentatives de blocages comme une manœuvre autoritaire, minoritaire et antidémocratique. J’ai également dénoncé les examens à domicile, en ligne. Il n’y a rien de plus inégalitaire pour eux; c’est une mesure qui va dans le sens de la privatisation : suppression des locaux et des personnels.

Le blocage a été rejeté par la large majorité des étudiants lors du vote en AG et il a pris fin le jour même.

2/ Si vous n’avez pas proposé le « blocage » ou l’occupation de votre université, comment avez vous organisé la lutte contre cette hausse des frais d’inscription ?

Keno : Nous avons mené depuis novembre une campagne de pétition dont la revendication est la suivante : « Nous exigeons des garanties de la Présidence pour la rentrée prochaine (septembre 2019) concernant le maintien des frais d’inscription actuels : 170 euros en licence et 240 en master ».

Nous avons mené cette campagne seuls, car personne n’a voulu relayer notre pétition parmi les organisations militantes, ni l’Unef, ni les militants soi-disant radicaux problocages ( Commune de Censier, SAP 3).

Malgré ce sectarisme des autres organisations, nous nous sommes attelés à mener cette campagne à bras le corps comme le montrent les milliers d’étudiants qui ont signé la pétition.

Il y a eu plusieurs motions adoptés au CA (Conseil d’Administration) de Paris 3 au cours de l’année concernant la hausse des frais. Une en décembre, qui n’était qu’une position de principe sans engagement. Une deuxième en février, qui évoque des frais d’inscriptions identiques pour tous les étudiants, sans toutefois en préciser le montant ce qui faisait planer le danger d’une augmentation généralisée.

Finalement nos efforts ont payé ! Le 16 mai, le CA a publié la motion suivante : « La Sorbonne Nouvelle s’est engagée à maintenir pour l’année universitaire 2019-2020 des droits d’inscription pour les étudiant.e.s extra-communautaires identiques à ceux que les étudiants nationaux et communautaires auront à payer, soit 170 € en licence, 243 € en master et 380 € en doctorat ».

Nous restons vigilants, nous scruterons le déroulement des inscriptions à la rentrée. Mais avec cette motion, nous avons gagné un cadre légal qui nous permet d’avancer.

3/ À quelles mobilisations avez-vous participé récemment ?

Keno : Avec le CUPJS (Collectif Unitaire Pour la Justice Sociale), nous avons participé aux journées du 1er mai, du 9 mai et du 24 mai. Le 1er mai, malgré la répression très forte ce jour-là, nous avons manifesté avec notre banderole sous le mot d’ordre « grève générale pour chasser Macron ».

Le 09, nous avons rejoint la journée nationale de grève de la fonction publique. Ce fut l’occasion de faire la jonction avec les lycéens et les professeurs en grèves. Nous avons défilé ensemble avec les banderoles « Non à la hausse des frais » et « Non aux privatisations par ordonnances ».

Nous avons également manifesté le 24 mai lors de la journée de grève pour le climat. Beaucoup de lycéens étaient présents. Notre revendication était la même que lors des grèves pour le climat précédentes : « Pour la justice sociale et écologique ».

4/Quelles perspectives pour la rentrée ?

Comme pour la rentrée précédente, nous serons présents auprès des étudiants pour les aider à s’inscrire. Notre revendication n’a pas changé, nous demandons à ce que tous les bacheliers puissent s’inscrire dans la filière de leur choix. Après la loi Vidal puis la hausse des frais d’inscriptions, les inscriptions pour les nouveaux étudiants vont être particulièrement difficiles.

Dans ce contexte il peut y avoir de nouveaux décrets à la rentrée. Nous continuerons à nous mobiliser et à faire campagne contre la sélection sociale, raciale et patriarcale dans l’enseignement supérieur, pour que l’université reste publique, gratuite et de qualité.

Nous rejoignons également les mouvements qui auront lieu dans le reste de la fonction publique contre la loi Blanquer. La privatisation qui touche les universités et les écoles sont les deux faces d’une même politique. La grève nationale de l’éducation est la seule manière de stopper la privatisation de l’enseignement public.

5/Qu’avez-vous à ajouter ?

Keno : Cette année, il n’y a pas eu de mouvement pour la régularisation des sans-papiers. Dans une mobilisation en faveur des étudiants étrangers, c’est un acte manqué. Cette campagne doit être menée : nous appelons à une mobilisation nationale pour la régularisation des sans-papiers et l’ouverture des frontières. Nous demandons qu’une carte étudiante donne accès automatiquement à un titre de séjour.

Enfin la répression qui s’abat contre les militants continue d’augmenter. Le 1er mai les camions de la CGT, de FO et de la FSU ont été gazé et chargé par les forces de police ! C’est du jamais vu.

Au mois de juin, les urgentistes qui se sont mis en arrêt maladie, faute de pouvoir faire grève, pour protester contre leurs conditions de travail, ont été réquisitionnés à domicile. Après les journalistes de Médiapart le 4 février, c’est au tour des grévistes d’être perquisitionnés.

La violence à l’égard des grévistes, des manifestants et des journalistes est désormais systématique. C’est malheureusement une nouvelle donnée que nous devons prendre en compte pour les luttes à venir.

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