Contre-réforme des retraites : Retrait du projet Macron-Philippe-Delevoye !

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Par Jean-Louis

Rappelons qu’E. Macron s’est fait « élire » (par défaut) sur un programme dans lequel une énième « réforme » des retraites est prévue, conformément aux attentes des capitalistes, de leurs institutions (FMI, Banque mondiale, OCDE, OMC, UE, etc.) et qu’il entend la mettre en œuvre.

Aussi, J.‑P. Delevoye est officiellement entré au gouvernement avec l’ambition d’imposer le projet de contre-réforme des retraites contenu dans le rapport qu’il a remis au Premier ministre en juillet.

Ce rapport a été rendu après 18 mois de « concertation » avec les dirigeants des organisations syndicales et avec les représentants des patrons ; il est bien la base de l’élaboration du projet de loi que veut imposer le gouvernement. Ce dernier organise maintenant un débat et compte lancer une nouvelle… « concertation » avec « les partenaires sociaux »…

En réalité, le gouvernement veut que les travailleurs renoncent, abdiquent, consentent à la contre-réforme, d’où les mensonges quotidiens des propagandistes à propos des soi-disant « privilèges » des travailleurs affiliés aux régimes spéciaux.

Tous les travailleurs y compris les retraités, les jeunes aussi sont visés par cette contre réforme : ils doivent s’unir !

Le gouvernement sait que si les travailleurs et les jeunes sont unis, il devra renoncer, alors il veut les diviser, semer la confusion.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, s’est livrée à un numéro d’illusionniste le 4 octobre sur France Info en affirmant que rien n’est fixé : « Si on rentre dans un débat en considérant qu’en fait, le gouvernement a un plan caché, qu’il a tout décidé, et que finalement, c’est de la pipe, je crois qu’on se tromperait lourdement », mais « On a un chemin pour négocier, ce chemin, on doit l’emprunter, et on a du grain à moudre, ce n’est pas une négociation pour de rire ». Sans blagues !

E. Macron est donc parti en tournée pour réitérer le « grand débat » de ce printemps, un nouveau rideau de fumée avec un public choisi, cadré par un modérateur, pour s’assurer que rien ne déborde du « chemin qu’on doit emprunter ». Un débat à l’occasion duquel le Président de la République répondrait précisément aux questions sur la base d’un texte dans lequel rien ne serait fixé ? Oui, c’est « de la pipe ».

Nous devons affirmer ici que le gouvernement a bien des objectifs précis concernant les retraites, les voici :

  • Favoriser le développement de la retraite par capitalisation pour en faire, à terme, la base du système de retraite. La « loi PACTE » a relancé la politique publique dans ce sens, de même que l’UE insiste sur l’importance, pour elle, des fonds de pensions « européens ».
  • Passer d’un système par répartition à prestation définie (on sait ce qu’on va toucher) à un système par points à cotisation définie (on sait ce qu’on va payer). La « valeur d’achat » du point serait connue et revue chaque année. La « valeur de service » du point serait revue chaque année et donc le montant de la pension ne pourrait être connu qu’au moment de sa liquidation…
  • Limiter les pensions de retraites à un maximum de 14 % du PIB1, pour l’instant. Ce serait une « règle d’or ». L’objectif de 14 % en 2025, fait que, déjà, le gouvernement met en œuvre une politique de baisse des pensions en laissant l’inflation les dévaloriser. Ensuite, si le PIB diminuait, la valeur de service du point serait revue à la baisse et la pension diminuerait. Si le PIB augmentait, le gouvernement pourrait très bien décider que la part des pensions devrait représenter ultérieurement 13,5 ou 13 % du PIB, etc. de façon à empêcher la hausse des pensions. Si le « rapport Delevoye » affirme que la valeur du point ne pourra pas baisser, il affirme aussi qu’il faudra respecter la « règle d’or ». Idem sur une éventuelle revalorisation des pensions en fonction de l’inflation : aucune garantie ! Sauf la baisse programmée.
  • Fusionner tous les régimes de retraites actuels en un seul, nivelé par le bas. Ce serait la fin des régimes spéciaux, du régime des fonctionnaires et du régime général ; ce serait aussi la fin des caisses de retraites complémentaires ARRCO-AGIRC, IRCANTEC, RAFP, etc. Dans tous les cas, ce serait la fin des garanties liées aux différents régimes. Tout serait aligné vers le bas, sauf pour les emplois régaliens, si on en croit le gouvernement (militaires, policiers, douaniers, gardiens de prison, pompiers)…
  • Faire en sorte que les travailleurs soient obligés de travailler plus longtemps, au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Le gouvernement pourrait très bien le maintenir à 62 ans, sachant qu’aujourd’hui, pour un travailleur né en 1973 et après, il faudrait avoir commencé à travailler à 19 ans, sans période de chômage pendant 43 ans (172 trimestres) pour partir avec une pension complète à 62 ans. Avec une retraite par point, le départ à 62 ans aurait comme conséquence… une pension calculée à ce moment-là, sans aucune garantie quant à son montant.
  • Supprimer les majorations pour enfants élevés, diminuer fortement les pensions de réversions, mettre fin aux dispositifs de prise en compte de la pénibilité au travail. Les deux premiers éléments sont liés aux différents régimes. La fusion de ces régimes aurait comme conséquence, au nom de l’équité, de les aligner sur les garanties les plus basses. Sur l’exigence du MEDEF, le troisième élément a été conçu d’une telle façon que la prise en compte de la pénibilité est illusoire. Cela tient à la définition même de la pénibilité (critère, intensité, durée) qui fait que peu de travailleurs sont en réalité concernés, hors incapacité permanente d’origine professionnelle ou accident du travail. Accidents dont sont exclus les accidents de trajet ! Rassurant pour la suite…
  • Impacter les actuels retraités et ceux qui partiraient d’ici 2025, date d’entrée en vigueur de la contre-réforme : à ce moment-là, leur pension serait convertie en équivalent points. Pour 1000€ de pensions, X points. Ensuite, si la valeur du point baisse, X points vaudraient 980, 950, etc. En cas de récession, les pensions baisseraient automatiquement.

Le gouvernement a des objectifs précis concernant l’organisme de gestion qu’il veut mettre en place, au nom d’une « gouvernance innovante », c’est le chapitre 7, chapitre essentiel du « rapport Delevoye » :

  • Instaurer un établissement public, la « Caisse nationale de la retraite universelle » qui permettra d’intégrer les retraites par points au budget de l’État via le PLFSS (Projet de loi de financement de la sécurité sociale).
  • Une « Assemblée générale » de 80 personnes représentant les organisations syndicales, patronales, familiales, étudiantes, « personnalités qualifiées », etc, pour représenter « tous les acteurs » émettrait une fois par an un avis sur les orientations du Conseil d’Administration.
  • Un Conseil d’Administration paritaire, patronat – « assurés » (TOUS les assurés, pas seulement les travailleurs !), CA qui « piloterait » la Caisse « dans le cadre des lois financières proposées par le gouvernement et adoptées par le parlement ».
  • Un « Conseil citoyen » constitué par des individus formés par un « comité d’expertise indépendant » qui devrait présenter un avis au CA et au gouvernement et formuler des propositions !
  • « Une gouvernance inclusive associant experts et citoyens » (sic) dans lequel un comité d’expertise s’assurerait que ni le Conseil d’administration, ni le « Conseil citoyen, » ne sort de la ligne.

Intégrer les organisations syndicales à cette gestion de la pénurie et les contraindre à mettre en œuvre une baisse des pensions programmée par l’État, année après année voilà l’objectif de cette « gouvernance innovante » !

Au-delà du gouvernement et des patrons, il faut rappeler que ce projet est celui de la direction de la CFDT qui « milite » depuis des décennies pour la retraite à la carte, par points, comme elle a « milité » pour toutes les contre-réformes, elle qui a pour vocation d’être le « syndicat-maison » à la botte du gouvernement et du patron dans toutes les boîtes.

Nous ne devons rien attendre de la CFDT. Ceux de ses adhérents qui serait en désaccord avec la clique de Berger doivent quitter la CFDT : il en va de leur dignité.

L’échec de cette politique, de ce gouvernement est dans l’intérêt des travailleurs et des jeunes. Nous n’y parviendrons que par la mobilisation unie, déterminée pour le retrait pur et simple du projet et l’abandon du « rapport Delevoye », par la grève de tous jusqu’au bout, par la grève générale.

La responsabilité, le devoir, des dirigeants des organisations syndicales, c’est d’être au service des travailleurs et des jeunes.

La concertation doit cesser. Elle sert d’alibi « démocratique » au gouvernement. Place à la mobilisation de millions qui, seule, peut imposer un changement de cap radical, contre les capitalistes, pour les travailleurs et les jeunes !

La division doit cesser, les journées d’action par secteurs professionnels doivent faire place à la mobilisation de tous pour en finir avec cette politique pour garantir à tous une retraite à 60 ans maximum à taux plein, avec 75 % du meilleur salaire.

Il ne s’agit pas de défendre un quelconque statu-quo, mais de démanteler la politique mise en place depuis la contre-réforme de Balladur en 1993 qui avait commencé par dégrader la situation des travailleurs du privé pour laisser place à Fillon, Sarkozy, Hollande et autres qui, sous prétexte d’équité n’ont eu de cesse de dégrader la situation de tous les travailleurs !

Retrait du projet Macron-Philippe-Delevoye !


1. Produit intérieur brut, indicateur de la comptabilité capitaliste qui mesure l’ensemble des richesses créées dans un pays en une année

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