Directions syndicales fédérales et confédérales : rompez les discussions, organisez la grève générale !

Ligne 13 en grève et en manifestation le 17 décembre 2019 à Paris

Par Mathieu

Depuis le 5 décembre, la bataille pour sauvegarder le système de retraites par répartition, conquête ouvrière majeure, arrachée à la bourgeoisie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est entrée dans une nouvelle phase. Ce jour, des millions de travailleurs et de jeunes ont exprimé leur rejet total du projet de contre-réforme des retraites voulu par le gouvernement Macron-Philippe-Delevoye et le MEDEF. Pour comprendre la signification de cette mobilisation du mouvement ouvrier et de la jeunesse, il faut revenir sur le contexte politique actuel, et sur l’ampleur des grèves et manifestations.

Un mouvement qui vient de loin

Loin de constituer un coup de tonnerre dans un ciel serein, le 5 décembre est l’aboutissement d’un long processus de mobilisations contre les contre-réformes de ce gouvernement en particulier, mais aussi des gouvernements précédents qui inlassablement saccagent et détruisent toutes les conquêtes ouvrières et démocratiques depuis plus de 30 ans. En cela, elle acquière, dès le début un caractère hautement politique. Si l’exigence centrale demeure le retrait total du projet de contre-réforme, derrière se situe le rejet viscéral du gouvernement et de ses politiques anti-ouvrières et anti-démocratiques.

Les ministres ne peuvent plus faire d’apparition publique sans être pris à parti, conspués, contredits : le premier-ministre, les ministres des sports, de l’éducation, de l’enseignement supérieur viennent d’en faire la dure expérience. Chaque jour voit son lot de tribunes émanant de respectables médecins, avocats, magistrats, économistes, enseignants etc. rejeter à leur tour la politique du gouvernement. La grève commencée le 5 décembre s’inscrit dans ce contexte et se situe dans la lignée du mouvement des Gilets jaunes ou de la mobilisation des femmes qui a réuni plus de 150 000 personnes à Paris en novembre.

La mobilisation contre le projet Macron-Philippe-Delevoye est aussi le fruit de l’expérience des bases vis-à-vis des bureaucraties syndicales. Dans les transports, dans l’éducation, dans les raffineries, la masse des travailleurs, malgré l’absence d’organisation révolutionnaire, impose son calendrier, obligeant les bureaucraties syndicales à les suivre.

Les cheminots ont montré au cours des dernières années qu’ils avaient su s’organiser en dehors des bureaucraties. Les employés de la RATP – où la « paix sociale » régnait depuis plusieurs années en raison de l’accord entre la direction de l’entreprise et celle des organisations syndicales UNSA en tête – se sont mobilisés à des niveaux historiques le 13 septembre dernier. Les enseignants se mobilisent en dehors des cadres que les bureaucraties syndicales veulent leur imposer. La FSU et l’UNSA paient de cette façon des années de cogestion avec le ministère et de co-rédaction des contre-réformes de l’enseignement.

Une mobilisation de très grande ampleur

La mobilisation contre le projet Macron-Philippe-Delevoye a commencé le 5 décembre. Elle se caractérise par des manifestations importantes et des taux de grévistes très élevés. Ces chiffres sont d’autant plus significatifs que de nombreux obstacles empêchant que la mobilisation soit plus massive.

Le premier obstacle est la pression exercée par les directions des entreprises et l’encadrement sur les travailleurs. A la SNCF et la RATP, chaque travailleur et chaque gréviste est démarché individuellement pour empêcher qu’il cesse le travail. Cette pression se retrouve particulièrement dans le privé mais aussi dans le public.

Le deuxième obstacle est la politique des bureaucraties syndicales qui empêchent l’organisation des travailleurs à la base, qui mènent un politique de « temps forts » contre la grève générale, qui ne font pas le travail de terrain pour mobiliser les secteurs qui ne le sont pas, ou bien encore, qui font en sorte de ne pas affréter de bus pour se rendre en manifestation. Le dernier obstacle, c’est l’appareil d’État qui, par sa politique de répression systématique du mouvement social, s’attaque aux manifestations et aux piquets de grève pour semer la peur parmi les travailleurs et les jeunes.

Malgré tout cela, le mouvement de grève et la mobilisation sont massifs. Le 5 décembre, il y a eu 250 manifestations et rassemblements qui ont réuni 1,5 million de personnes. Pour une première journée de manifestation, c’est un niveau plus haut que 1995. Il y avait 260 000 personnes à Paris, 150 000 à Marseille, 100 000 à Toulouse, 53 000 à Bordeaux, 40 000 à Lyon, 25 000 à Nantes et au Havre. Ces chiffres ont largement dépassé les attentes de la police et des syndicats eux-mêmes. Les cortèges étaient souvent denses et déterminés, les manifestants en dehors des cortèges syndicaux.

Le 10 décembre, malgré l’absence de politique de mobilisation de la part des directions syndicales, il y a encore eu 900 000 personnes dans les rues : 180 000 à Paris, 120 000 à Marseille, 60 000 à Toulouse.

Le 12 décembre, les directions syndicales appelaient à des actions locales pour mieux empêcher un nouvelle démonstration de force de la part des travailleurs. Malgré cela, 6000 personnes ont bloqué les accès aux zones industrielles du Havre, plusieurs milliers de manifestants ont bloqué le périphérique de Nantes. Plus de 10 000 personnes ont manifesté dans le centre de Toulouse. Ils étaient également des dizaines de milliers à Paris et à Marseille.

Si l’on regarde les taux de grévistes, on constate que ce sont les travailleurs des transports qui sont en pointe. La grève a d’ailleurs débuté avec des taux de grévistes plus élevés qu’en 1995, dépassant 60 % sur l’ensemble des personnels (y compris cadres, congés, arrêts maladie etc.) à la SNCF et les 70 % à la RATP. Au 12e jour de grève plus de 70 % des conducteurs de trains, plus de 50 % des contrôleurs sont toujours en grève malgré les pressions de la direction. Il s’agit là des chiffres officiels, la réalité de la grève est plus massive encore. A l’heure où ces lignes sont écrites : 75 % des TGV ne circulent pas de même que 65 % des TER, 75 des Transiliens. Les trains qui circulent sont conduits par des cadres ou des casseurs de grèves.

A la RATP, les taux de grévistes est également très élevé : plus de 10 lignes de métro sont totalement fermées depuis près de deux semaines, celles qui fonctionnent ne fonctionnent que partiellement aux heures de pointes, et sont conduits par des casseurs de grèves. Le trafic bus et tram est également très perturbé. D’autres réseaux de transport en commun sont touchés par la grève : comme à Lyon, Tours. Il y a également eu des arrêts de travail à Marseille, Lille, Rennes, Rouen, Toulouse etc. Le 16 décembre, les chauffeurs routiers se sont mis en grève pour exiger des augmentations salariales : le transport de marchandise, de voyageurs et scolaires sont grandement touchés.

Chez Air France et chez les contrôleurs aériens, plus de 30 % des vols intérieurs et moyen-courrier ont dû être annulés en raison de la grève.

Les enseignants se mobilisent contre les gesticulations des bureaucraties syndicales et surtout contre les mensonges à répétition du ministre de l’éducation J.-M. Blanquer. Le 5 décembre, plus de 75 % des enseignants ont cessé le travail. Même le ministère qui minimise toujours les chiffres, a dû concéder qu’il s’agissait d’une grève concernant plus de 50 % des effectifs. A Paris, les instituteurs ont été quasiment tous en grève entraînant la fermeture de plus de 450 écoles sur 600. Le 10 décembre il y a encore eu plus de 60 % de grévistes. Dans de nombreux établissements, des professeurs poursuivent la grève depuis le 5 décembre. Comme chez les autres travailleurs, chez les enseignants la rage est profonde contre le gouvernement.

Depuis le 5 décembre, les raffineries sont également massivement mobilisées. Actuellement, 5 raffineries sur huit sont bloquées au niveau national. La grève concerne également des dépôts de carburant. Chez EDF, 45 % des effectifs ont cessé le travail le 5 décembre. Depuis, certains services sont toujours en grève et des coupures d’électricité sont opérées. Le 12 décembre, les travailleurs des ports du Havre, de Marseille et de La Rochelle ont cessé le travail.

Le 5 décembre, signalons que près de 3000 appels à la grève avaient été lancés dans le privé : dans certains entreprises, aussi bien dans l’industrie que dans le commerce, les arrêts de travail ont été nombreux.

Il ne faut pas oublier que la grève dans les hôpitaux se poursuit : les urgentistes ont été rejoints dans leur mouvement par les internes le 10 décembre. Les revendications se sont aussi élargies puisqu’en plus de réclamer des moyens pour l’hôpital, les grévistes s’opposent désormais aussi au projet de contre-réforme Macron-Philippe-Delevoye.

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