Pour en finir avec cette politique et avec ce gouvernement : grève générale ! Édito de l’Internationaliste 189

Manifestation à Paris le 9 janvier 2020 contre la contre-réforme des retraites

Paris le 2 mars 2020

Depuis son élection en 2017, E. Macron n’a eu de cesse de servir les intérêts des capitalistes, comme ses prédécesseurs, pourrait-on dire.

Cependant, sans complexe, sans scrupule, sans vergogne, E. Macron a prétendu d’emblée avoir l’assentiment des 65 % de suffrages exprimés qui se sont portés sur son nom le 7 mai de cette année, au terme de ce qu’il faut bien appeler un « hold-up » politique ayant eu pour protagonistes Macron et Le Pen fille, faisant suite à celui de 2002 avec Chirac et Le Pen père.

En 2017, ceux qui ont cédé au chantage en mettant le bulletin « Macron » dans l’urne alors que l’abstention eût été le choix juste, ceux-là ont-ils approuvé le programme de Macron ? Certainement pas ! Dès les élections législatives qui ont suivi, ils ont souvent rejoint les abstentionnistes, ce qui fait qu’aujourd’hui, ni le gouvernement Macron-Philippe ni aucun des députés élus à cette occasion ne peut se prévaloir en réalité d’une légitimité incontestable.

Pourtant, donc, le gouvernement prétend mettre en œuvre le catalogue des contre-réformes exigées par les capitalistes, mises en forme par les institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC, OCDE, etc.), gravées dans le marbre des traités de l’Union Européenne, tout cela sous la surveillance des agences de notation.

Ainsi, le Code du travail est-il « réformé » par ordonnances, l’ISF supprimé, les services publics saccagés – à l’instar de l’enseignement public et de l’hôpital public – afin de préparer leur privatisation, la SNCF privatisée, les APL diminuées, les chômeurs radiés, leurs allocations supprimées, la sécurité sociale en général et les retraites en particulier, attaquées, etc.

En tout, la politique d’E. Macron est vouée à l’amélioration de la « compétitivité » des entreprises et donc aux profits de leurs actionnaires. Tout est vu à cette aune. Rien ne saurait y faire obstacle.

Car E. Macron vient de faire un aveu le 23 janvier dans l’avion qui le ramenait d’Israël : « Une démocratie,c’est un système politique où l’on choisit nos dirigeants. C’est un système politique où l’on choisit des représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société. », selon lui au contraire d’une dictature.

Sauf que le raisonnement de Macron souffre d’une faiblesse, outre, si on le suit bien, qu’il justifie le mauvais par le pire : sa conception de la « démocratie » exclue « le peuple » de la décision politique lui « concédant » l’élection de gestionnaires, qui sont munis d’un programme intangible « les réformes qu’il faut faire » comme disait A. Juppé en son temps, choisis au sein d’une même classe, la bourgeoisie.

Car vouloir que « le peuple » mette son grain de sel partout dans une démocratie, c’est être populiste, n’est-ce pas ? Mais alors qu’est-ce qu’un gouvernement des experts, DRH, avocats et banquiers d’affaire, « entrepreneurs », hauts fonctionnaires, journalistes aux ordres, philosophes de cour, etc. qui ne manquent pas une occasion de montrer tout le mépris qu’ils éprouvent pour les travailleurs et les jeunes ?

Oui, la dictature de classe de la bourgeoisie. Elle peut avoir plusieurs visages ; elle peut « s’incarner » dans plusieurs régimes, de la république parlementaire au nazisme en passant par la monarchie constitutionnelle, entre autres. Qu’est-ce donc alors que la Vème République qui semble être la référence démocratique de M. Macron ?

Nous, MCI, répondons sans ambage : la Vème République est un régime semi-bonapartiste, né d’un coup d’État, le 13 mai 1958, un régime qui réduit le parlement à des godillots mus par la raison, un régime qui fait des organisations syndicales de travailleurs des rouages de l’État sous l’appellation de « partenaires sociaux ». Un régime de plus en plus brutal et autoritaire car illégitime, à l’image du gouvernement Macron-Philippe-Roux de Bézieux.

Au vu du déroulement des événements récents, en relation avec la pandémie de COVID-19, il est de notre devoir de mettre les points sur les « i ».

La décision du gouvernement de mettre en œuvre l’article 49.3 de la constitution en vue d’une adoption sans vote du projet de loi de contre-réforme des retraites, décision prise dans le cadre de la réunion du Conseil des ministres consacrée au COVID-19 samedi 29 février, n’est pas simplement un passage en force, ou même une volonté d’étouffer toute opposition, mais une forfaiture.

À quoi doit-on s’attendre maintenant que le gouvernement semble prêt à instrumentaliser de la sorte l’urgence sanitaire afin d’imposer son agenda de contre-réformes ?

Ces considérations imposent à tout travailleur, jeune, démocrate sincère de s’interroger : ce régime est-il bien une république, est-il bien une démocratie ? Nous appelons cela la dictature constitutionnelle ou la réaction démocratique : la main de fer de la bourgeoisie dans le gant de velours du suffrage universel.

C’est bien pourquoi la question de la grève générale pour en finir avec cette politique, avec ce gouvernement, avec ce régime est à l’ordre du jour.

Insistons. Le but de la grève générale ne peut pas être « simplement » la satisfaction d’une revendication aussi essentielle soit-elle, comme l’exigence du retrait de la contre-réforme des retraites.

Le but de la grève générale ne peut pas être « simplement » la satisfaction de la somme des revendications qui s’accumulent dans tous les secteurs de la classe ouvrière et même au-delà, dans des secteurs de la petite bourgeoisie menacés de déclassement par le rouleau compresseur des monopoles, du capital financier.

Depuis des mois, le mouvement des « gilets jaunes », la grève des urgentistes et des hospitaliers, celles des cheminots, des conducteurs de bus ou de métro, des pompiers professionnels ou volontaires, des travailleurs de multiples entreprises dans l’industrie, le commerce, les services, des femmes travailleuses en particulier, ces mouvements cherchent la voie non pas de la « convergence des luttes » mais celle de la grève générale c’est-à-dire du rassemblement au grand jour des opprimés face aux oppresseurs.

Des naïfs se demandent peut-être pourquoi les dirigeants des organisations syndicales qui « exigent » le retrait de la contre-réforme des retraites n’appellent pas à la grève générale et, même quand ils « l’évoquent », font tout pour l’empêcher ?

Parce que la grève générale doit avoir pour but de déboucher sur un gouvernement pour et par les travailleurs ; elle ne peut avoir que cette perspective, dans l’optique de sa victoire !

Or personne « à gauche » ou à « l’extrême gauche », chez ceux qui se prétendent les représentants des travailleurs, personne ne veut de la grève générale car il faudrait qu’ils rompent dans les faits avec les institutions, avec le capitalisme et ouvrent une perspective dans ce sens, mais c’est tellement plus confortable pour eux de s’en tenir à une contestation radicale sans jamais chercher à prendre le pouvoir.

Car justement, c’est cela la grève générale, une arme politique pour en finir avec ce gouvernement, avec cette politique, pour un gouvernement pour et par les travailleurs : la lutte pour le pouvoir.

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