La défiance. Introduction au dossier spécial Gilets Jaunes

Ce numéro hors-série de l’Internationaliste paraît un peu plus d’un an après le début du mouvement des « gilets jaunes » dont on peut dire qu’avec l’abstention consciente il est un révélateur de la défiance qui s’est installée entre le prolétariat d’une part et le gouvernement, les partis, les syndicats d’autre part.

Stigmatisé par la bureaucratie comme un mouvement lié à l’extrême droite, limité à une fronde contre les impôts et les taxes associant travailleurs, artisans, paysans, petits patrons, bref un mouvement poujadiste, le mouvement des gilets jaunes s’est révélé être tout autre chose : un mouvement prolétarien de contestation du capitalisme, de ses institutions de ses défenseurs.

Dès lors que les ouvriers, les jeunes, les retraités, les femmes surtout ont déferlé sur les ronds-points, il était patent que la colère accumulée durant des décennies commençait – oui commençait – à s’exprimer au grand jour, en dehors des cadres traditionnels et surtout en dehors des partis institutionnels, des directions syndicales qui, au nom du dialogue social, tournent en réalité le dos à de vastes secteurs de la classe ouvrière.

La colère et la défiance ont amené des travailleurs, des jeunes, des vieux à se frotter à l’appareil d’État qui a eu comme seule réponse la répression, brutale, la provocation aussi pour tenter de discréditer les manifestants et dissuader les plus larges masses de descendre dans la rue.

Ils se sont heurtés à un gouvernement illégitime, issu d’un chantage, d’un hold-up électoral, ayant pour protagonistes en 2017 Macron et Le Pen fille comme en 2002 on avait eu droit au même scénario avec Chirac et Le Pen père.

Car soyons sérieux, ceux qui ont, souvent de mauvaise grâce, cédé au chantage en mettant le bulletin « Macron » dans l’urne alors que l’abstention eut été le choix juste, ceux-là ont-ils approuvé le programme de Macron ? Non, pourtant le gouvernement a pris le parti de considérer que les 65 % du second tour lui donnent la légitimité pour liquider un siècle d’acquis sociaux.

C’est donc une défiance légitime qui s’exprime vis-à-vis de ceux qui veulent imposer une politique immuable, définie par les capitalistes, orchestrée par les institutions internationales comme l’OCDE et gravée dans le marbre des traités européens. Macron vient d’en faire l’aveu, pour lui, la démocratie se limite à l’élection. En conséquence, la politique du gouvernement doit-elle être laissée aux spécialistes, aux experts, lesquels experts ne se cachent plus de vouloir diriger le pays comme une entreprise.

Or il n’échappe à personne qu’une entreprise n’est pas un lieu d’expression et de décision démocratique : là, seul le patron décide dans l’intérêt des seuls actionnaires. Les DRH traitent les travailleurs de « collaborateurs », mais ces derniers savent bien que dans une boîte il y a ceux qui décident et ceux qui exécutent ; ceux qui ont la liberté d’embaucher ou de licencier pour leur seul profit et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de travailler.

Comme il n’échappe à personne que les règles de « l’État de droit » sont rédigées par les capitalistes, qui est dupe du discours des politiciens « experts », des économistes standards, des journalistes aux ordres et des philosophes de cour sur « la république », « la démocratie » ou « la laïcité » alors que leur pratique est celle d’un régime semi-bonapartiste, anti-démocratique et clérical, né d’un coup d’État, le 13 mai 1958 ?

Après que N. Sarkozy, avocat d’affaires, eu trahi le vote populaire de 2005 en rejet du traité constitutionnel européen, après les mobilisations contre la loi El Khomri, sous Hollande, avocat, voici qu’un banquier d’affaires, E. Macron, dynamite le Code du travail par ordonnances, privatise la SNCF comme seule réponse à ceux qui se désespèrent de voir les services publics disparaître, met fin à l’ISF, réduit les APL, s’attaque aux retraites et à la sécurité sociale, etc, au nom de « l’équité » et de « la justice » !

Un étudiant s’immole à Lyon dénonçant dans une lettre l’extrême précarité qui frappe un nombre grandissant d’étudiants ? Le gouvernement répond par une augmentation du plafond des prêts étudiants, quel cynisme, quelle honte…

Alors la légitimité est bien du côté de ceux qui poursuivent le combat depuis des mois pour le retrait pur et simple de la contre-réforme des retraites, alors qu’encore une fois les bureaucrates se sont précipités à la conférence de financement des retraites, abdiquant toute indépendance vis-à-vis de l’État !

C’est avant tout cette escroquerie que rejettent les gilets jaunes. Alors oui, ils ont raison et avec eux tous les travailleurs et militants et jeunes qui cherchent à prendre en main leur destin et s’affranchissent de la tutelle pesante de ces bureaucrates qui refusent de rompre avec la pratique du « dialogue social » !

La nécessité de la grève générale est apparue au grand jour, comme monte l’exigence formulée par les gilets jaunes : Macron démission ! Pour en finir avec ce gouvernement, pour en finir avec cette politique.