Petrograd, 20 janvier 1918 : « Décret sur la liberté de conscience et les associations ecclésiastiques et religieuse »

le soviet des députés ouvriers et des délégués des soldats de Petrograd

Extrait des Cahiers du mouvement ouvrier N° 23 (Avril-Mai 2004)

Dans la Russie tsariste, l’orthodoxie était religion d’Etat.
L’Eglise orthodoxe, dirigée depuis Pierre le Grand (1672-1725)
par un Saint-Synode dont l’Etat désignait les membres,
avait le monopole d’un état-civil nullement civil. Le mariage
religieux était obligatoire, le divorce interdit. Il était interdit
à un musulman, juif, protestant converti à l’orthodoxie
d’abandonner cette religion. L’enseignement religieux
était obligatoire. L’Eglise orthodoxe avait, en 1901,
excommunié Léon Tolstoï, qui déplaisait au tsar.
Le gouvernement provisoire de Kerenski,
soutenu par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires (S-R),
n’a touché à aucun de ces privilèges exorbitants de l’Eglise
orthodoxe ! Le gouvernement soviétique s’y attaque.
Un décret sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat,
intitulé “Décret sur la liberté de conscience et les sociétés
ecclésiastiques et religieuses”, est confirmé le 19 janvier 1918
par le commissariat à la Justice,
présidé par le S-R de gauche Isaac Steinberg.
Le même jour, le patriarche de l’Eglise orthodoxe, Tikhon,
informé de cette décision, diffuse une violente épître dénonçant
“l’œuvre satanique” du gouvernement soviétique en promettant
la “géhenne éternelle” à ses membres et en ordonnant aux fidèles
de “n’avoir aucun commerce avec ces rebuts du genre humain” (1).
Le décret adopté le lendemain par le gouvernement fut publié
dans les Izvestia et la Pravda du 21 janvier. Il fut suivi de décrets
instaurant le droit au divorce et l’état-civil,
et supprimant l’enseignement religieux dans les écoles.
Le concile de l’Eglise orthodoxe (qui remplaçait le Saint-Synode
auto-dissous après la chute de la monarchie) réagit le 25 janvier
par une déclaration affirmant que ce décret, “sous l’apparence
d’une loi sur la liberté de conscience, est un attentat prémédité
contre toute l’organisation de l’Eglise orthodoxe
et un acte de persécution ouverte contre elle”, et affirme :
“Toute participation à la publication de cette réglementation hostile
à l’Eglise, comme toute tentative de la mettre en application sont
incompatibles avec l’appartenance à l’Eglise orthodoxe.”
Les coupables sont menacés d’excommunication.

Décret sur la liberté de conscience et les associations ecclésiastiques et religieuse