Revue de presse sociale – mai-juin 2019

hopital bergerac juin 2019

Par Loïc

En France, en plus des Gilets Jaunes qui en sont à leur 33e semaine de lutte, deux secteurs se sont particulièrement mobilisés ces derniers mois : la santé et l’éducation.

Dans la santé, une lutte d’ampleur s’est ainsi engagée et dure depuis avril. Le dimanche 16 avril, 4 services d »urgence de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) se sont mis en grève, pour dénoncer la dégradation des conditions de travail. La grève concernait au départ les urgences de Lariboisière, la Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis et Tenon.

Dès le lundi 17 avril en fin de journée, c’était 20 services qui étaient touchés en France, avec en moyenne 30 % de grévistes. Un mois plus tard, au 17 mai, c’était 50 services qui étaient en grève.

Mardi 28 mai, la gendarmerie est venue réquisitionner, à leur domicile, des personnels en grève et en arrêt maladie à Lons-le-Saunier dans le Jura. Le but du gouvernement était de casser la grève et d’intimider l’ensemble des personnels. Ceci n’a pas eu l’effet escompté, au contraire, au 4 juin, on dénombrait 75 services en grève !

De même, le 11 juin, jour de l’adoption de la loi « Ma santé 2022 », portée par Agnès Buzyn, le total est monté à 95.

carte de france grève 19 juinVendredi 15 juin, on comptait 106 services en grève. Le jour même, la ministre de la santé, a annoncé le déblocage de 70 millions d’euros de budget. Soit une hausse de 0,08 % du budget !Quelle a été la réaction des urgentistes ? Il y a eu encore plus de services en grève, ils sont passés à 119, dès le lundi 18 juin !

Au 20 juin, le mouvement national était rejoint par les urgentistes de Guingamp, Quimper, Concarneau, Mayenne, Roubaix, Seclin, Épinal, Digne-les-bains, Niort, Rochefort, Pointe-à-pitre… montant à 130 le nombre de services en grève !

Le 21 juin, le collectif inter-urgence, la CGT, FO et SUD du secteur de la santé ont appelé à une journée de « grève, d’actions et d’initiatives, dans les établissements et en territoires », le 2 juillet. Un tel appel pose au moins deux questions : Pourquoi limiter la grève aux urgences et ne pas l’étendre à tous les services d’hôpitaux publics ? Pourquoi appeler à demi-mot à la grève, d’une seule journée ?

En effet, cette lutte des urgences n’est pas isolée. De nombreux services, dans de nombreux hôpitaux en France ont aussi connu des mouvements de grève, avec les mêmes revendications : des moyens matériels et humains pour la santé.

Ainsi, le jeudi 11 avril, les syndicats de personnels de l’hôpital de Montereau ont fait grève pour protester contre transfert du service de pédiatrie à Fontainebleau. Ceci résulte d’un processus de fusion entre les services de Montereau, Fontainebleau et Nemours (« Centre hospitalier de Sud Seine-et-Marne »). Les personnels de ces trois hôpitaux étaient de nouveau en grève le 14 juin pour réclamer de «  véritables négociations sur le maintien de tous les emplois contractuels et titulaires, le maintien des primes et des astreintes, et de tous les services. »

Le 17 juin, au centre hospitalier de Vierzon, les personnels, appuyés par la CGT, FO et Sud Santé, ont décidé de la grève illimitée.

On voit donc que ce ne sont pas seulement les services d’urgence qui sont mobilisés, mais l’ensemble de l’hôpital et de la santé publics qui sont durement attaqués. La revendication de retrait de la contre-réforme « Ma santé 2022 » peut permettre d’unifier les luttes et les grèves dans la santé publique.

Or, les directions des syndicats des travailleurs de la santé, en n’appelant pas à la grève générale, isolent les grèves et les luttes en cours (comme ce fut le cas en début d’année 2019 dans les EHPAD), et ne permettent pas aux travailleurs de gagner sur leurs revendications.

Dans l’éducation, écoles maternelles, primaires, collèges et lycées (voie générale, technologique et professionnelle) sont actuellement mobilisés. En effet, Macron et son gouvernement poursuivent les attaques contre l’éducation publique entamées par les gouvernements précédents.

Dans les écoles maternelles et primaires, c’est la loi Blanquer dite « école de la confiance » qui cristallise la mobilisation : cette loi prévoit ainsi la fusion des écoles primaires et des collèges, la scolarité obligatoire à 3 ans au bénéfice de l’enseignement privé, la multiplication des professeurs contractuels, et la restriction de la liberté d’expression pour tous les enseignants. Il y a eu plusieurs jours de grèves et de jours de manifestations :

Mardi 19 mars, la grève a été très suivie. En effet, 40 % des enseignants de primaire était en grève. Dans la région Rhône-Alpes, il y avait même 60 % de grévistes en moyenne.

Samedi 30 mars, 55 000 personnes ont manifesté : enseignants et enseignantes, parents d’élèves et leurs enfants.

Jeudi 4 avril, nouvelle journée de grève, avec des taux toujours élevés : 30 % de grévistes en moyenne. Il y a eu 70% de grévistes à Paris, 60% dans les Hauts-de-Seine , 45% dans l’Oise, 40% en Loire-Atlantique ou en Haute-Garonne.

Le 9 mai, c’est toute la fonction publique qui était appelée à faire grève, par les 9 fédérations de syndicats de fonctionnaires. Selon la CGT, il y a eu 150 rassemblements et manifestations, réunissant 250 000 manifestants en France (30 000 à paris) et un taux de gréviste compris entre 18 et 23 %. A nouveau, l’éducation était très représentée : 24 % de grévistes en moyenne dans les écoles maternelles et primaires, jusqu’à 40 à 50% de grévistes dans les Bouches du Rhône, la Côte d’Or, la Creuse, Paris, la Drôme, la Haute Garonne, les Vosges et la Seine Saint-Denis.

A l’appel de la FSU, de la CPE, de la CGT et de FO Paris, une manifestation a eu lieu le samedi 18 mai, réunissant 10 000 personnes.

Dans les lycées généraux, la réforme Blanquer du bac vise à détruire le caractère national du diplôme du baccalauréat, en mettant en place un  »bac à la carte » et local. Cette réforme était contenue dans le programme électoral d’E. Macron. Tous les enseignants rejettent cette réforme qui va commencer à s’appliquer à la rentrée 2019.

Le 17 juin, jour de la première épreuve du bac, les enseignants surveillants l’épreuve étaient 15 % en grève (alors que le ministre annonçait 5%). Les épreuves ont pu se tenir sans perturbations car les syndicats locaux ont à chaque fois prévenu à l’avance les directions du nombre de grévistes, permettant aux chefs d’établissement de demander des renforts au rectorat. Les effets de cette journée de grève, impulsée par les syndicats, a été réduite à néant par les mêmes syndicats !

De même les assemblés de correcteurs du bac votent majoritairement la rétention de notes afin de protester contre la réforme du bac, ce qui prouve le profond rejet de la réforme par les enseignants. Mais les directions des syndicats FSU, SUD, et CGT enferment les enseignants dans une impasse : annoncer à l’avance qu’ils ne vont faire grève que trois jours, du 2 au 4 juillet. Ce qui laisse au gouvernement tout le temps de s’organiser pour contrer la grève.

Les syndicats devraient appeler à la grève illimité, jusqu’à satisfaction des revendications : le retrait des lois Blanquer, seul mot d’ordre permettant d’unifier les grèves, de la maternelle au lycée.

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